Maxime Crettex visite un centre d’accueil du UNHCR à Tripoli (Liban). Évaluation de la situation des réfugiés Syriens au Liban.

En mission humanitaire au Liban, Maxime Crettex, représentant de la jeunesse suisse à l’ONU, a profité de sa présence à Tripoli, pour visiter un centre d’accueil du UNHCR et pour y discuter des politiques d’accueil de réfugiés, de l’éducation, de la crise syrienne et du Lebanon Crisis Response Plan.  

Depuis le début de la crise Syrienne en 2011, un nombre considérable de Syriens a été contraint à l’exil. Parmi ces derniers, plus de 1,5 Mio de réfugiés ont trouvé refuge au Liban, faisant du Liban le pays avec la plus haute concentration en réfugiés au monde. Alors que le Liban est confronté à une crise économique et sociale profonde, à un taux de chômage élevé, la présence massive de réfugiés constitue un grand défi pour l’équilibre social et alimente les tensions intercommunautaires. Si 88% des réfugiés Syriens souhaitent rentrer dans leur pays, il est nécessaire de s’interroger sur la manière dont la situation a évolué, sur les conditions actuelles de vie des réfugiés au Liban et sur une planification durable pour l’avenir.

Lorsque la guerre civile éclata en Syrie à fin de l’année 2011, les premières vagues migratoires vers le Liban débutèrent. Tout d’abord, de nombreux Syriens furent accueillis par leur famille et par leurs proches comme des hôtes dans le Akkar, la région la plus pauvre du Liban, située à la frontière nord avec la Syrie. Lorsque la situation se détériora en Syrie, les réfugiés Syriens gagnèrent le Liban principalement par la Bekaa, une plaine fertile à majorité chiite et constituant la frontière est avec la Syrie. Ainsi, depuis 2011, 935’454 réfugiés Syriens ont été enregistrés par le HCR, l’Agence de l’ONU pour les réfugiés. Cependant, ce chiffre est contesté par les autorités libanaises, qui estiment que la population Syrienne réfugiée au Liban s’élève à 1,5 Mio. De cette manière, le Liban est le pays dans lequel le pourcentage de population réfugiée est le plus élevé au monde (environ 30%). L’arrivée des réfugiés Syriens a également provoqué des tensions internes entre les différentes communautés. En effet, des nombreuses communautés libanaises ont désapprouvé l’arrivée de réfugiés Syriens, ce qui peut s’expliquer par divers motifs. 

En effet, le Liban connut une première vague migratoire dans les années 50. Dès le début du conflit israélo-palestinien en 1948, de nombreux Palestiniens se réfugièrent dans le sud du Liban et furent pris en charge par le UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East). Des conflits armés éclatèrent entre les communautés palestiniennes et libanaises et menèrent à la sanglante guerre civile qui déchira le Liban de 1975 à 1990.  De nombreux Libanais expriment ainsi une opinion défavorable sur les Palestiniens et les considèrent comme des envahisseurs qui, se sentant menacés par la présence israélienne, auraient cherché et chercheraient encore à envahir le Liban pour s’y installer. Ainsi, l’arrivée massive de populations étrangères est ressentie comme une menace directe pour le fragile équilibre social et communautaire, si difficilement acquis après des décennies de guerre civile. De plus, le voisin Syrien a longtemps cherché à faire main basse sur le Liban, comme en témoigne l’occupation Syrienne de 1976 à 2005. Ces deux facteurs peuvent ainsi expliquer la réticence dont fait preuve le Liban à l’accueil des réfugiés Syriens et pourquoi les conditions d’entrée au Liban ont été renforcées pour les citoyens Syriens.

Néanmoins, en vertu de leur proximité géographique, culturelle et religieuse, les citoyens Syriens et libanais bénéficiaient autrefois d’une liberté de déplacement entre ces différents pays. Cependant, l’arrivée massive de réfugiés entre 2011 et 2015 provoqua la fermeture de la frontière libano-Syrienne en 2015. Ainsi, les citoyens Syriens souhaitant se rendre au Liban doivent désormais obtenir un visa, selon certains critères : pour un séjour touristique, pour y faire des études, pour y subir un traitement hospitalier ou en cas de nécessité humanitaire. Dès lors, il est devenu très difficile, voire quasiment impossible, pour les Syriens de remplir les conditions imposées et nécessaires à l’obtention d’un permis de séjour. De plus, le gouvernement libanais a demandé au HCR d’interrompre les processus d’enregistrement des réfugiés Syriens, ce qui leur prive d’un certificat du HCR stipulant leur statut de réfugiés. Depuis 2015, le HCR milite pour un retour des processus d’enregistrement, qui permettrait au gouvernement et à la communauté internationale de connaître la taille et le profil de la population Syrienne réfugiée, pour planifier une action humanitaire durable à l’échelle nationale. En plus de ces mesures restrictives d’accès au territoire libanais, le gouvernement a également interdit la construction de camps officiels d’accueil des réfugiés Syriens, obligeant ces derniers à vivre dans des abris insalubres tels que des garages, des entrepôts, des tentes, des bâtiments encore en construction et des abris pour les animaux.

En mai 2018, des élections nationales eurent lieu, suivies par la formation d’un gouvernement. Alors que la présence importante des réfugiés Syriens n’était pas un thème politique majeur, il ressurgit après la Conférence Bruxelles II, un sommet dédié au futur du Proche-Orient en avril 2018.  De nombreuses personnalités politiques libanaises accusèrent la communauté internationale de complaisance vis-à-vis du processus d’intégration et de « colonisation » de la communauté Syrienne et exercèrent de la pression sur le HCR et sur les Nations Unies pour accélérer les procédures de rapatriement. Alors que le HCR affirma son respect pour la politique libanaise de non-intégration, il essaya de défendre sa mission et de donner de la visibilité à son travail de planification durable du retour des réfugiés dans leur pays d’origine. Au sein de la communauté libanaise se développèrent les sentiments de frustration, les discours xénophobes et les interactions intercommunautaires furent mises à mal. De plus, en avril 2019, les conditions d’entrée pour les citoyens Syriens furent encore durcies par des nouvelles décisions prises par le GSO (Directorate General of General Security). Néanmoins, le  HCR demeure un partenaire essentiel du gouvernement libanais, comme en témoigne le Lebanon Crisis Response Plan(LCRP – Plan de réponse à la crise au Liban). Ce plan est mené par le Ministère des Affaires sociales sur ordre du gouvernement libanais et du coordinateur humanitaire de l’ONU et a pour grande qualité de mesurer l’importance d’un accompagnement social et infrastructurel au Liban, dans la prise en charge des réfugiés syriens. Dans ce contexte, le HCR dirige la partie humanitaire et l’assistance aux réfugiés en collaboration étroite avec le gouvernement libanais. Le HCR s’occupe également de nombreux secteurs thématiques, tels que la protection, l’assistance de base, la santé, les logements, et en soutient d’autres, tels que l’éducation, la stabilité sociale et le WASH (programme sanitaire). 

Le HCR est implanté au Liban depuis 1962 et a aidé à la résolution de nombreuses crises au Moyen-Orient, telles que les conflits en Irak, en Syrie et au Liban. Cinq bureaux sont répartis dans les différentes régions du Liban et offrent un soutien aux populations réfugiées. Jusqu’en 2015, l’activité principale du HCR consistait à accueillir les réfugiés Syriens, à les enregistrer, à écouter leurs parcours et à leur fournir l’assistance nécessaire. Depuis la politique restrictive promulguée par le gouvernement libanais à partir de 2015, le HCR continue d’aider les réfugiés, soutient des projets et octroie des soutiens financiers pour les réfugiés Syriens.  En effet, dans un pays dans lequel le coût de la vie est relativement élevé, où la compétitivité professionnelle est grandissante, les besoins des réfugiés au Liban demeurent immenses. Pour cette raison, le HCR continue de les aider financièrement à travers des soutiens financiers. En 2018, 840’000 réfugiés ont reçu plus de 141 Mio $. Depuis 2013, ces aides financières, appelées Multi-purpose cash assistance (assistance financière à multi-usage), a permis à de nombreuses familles de couvrir les besoins élémentaires. En 2018, plus de 34’000 familles Syriennes et non-Syriennes ont ainsi bénéficié d’une assistance mensuelle à hauteur de 175 $, s’ajoutant aux autres transferts financiers (environ 70 Mio $).  Selon les estimations des Nations Unies, ce seraient plus de 86’000 familles réfugiées en situation de précarité extrême, qui auraient besoin d’une assistance financière urgente pour 2019. Sur les 463 Mio $ nécessaires aux opérations du HCR au Liban en 2019, plus de 68% (313 Mio $) n’étaient toujours pas financés en décembre 2019 et ont privés de milliers de familles d’une aide élémentaire. Alors qu’en 2018, 51% des réfugiés vivaient dans une situation d’extrême pauvreté ($2.9/personne/jour) et 69% en dessous du seuil de pauvreté ($3.84/personne/jour), seulement 19% des familles Syriennes ont reçu une aide financière.

Alors qu’en 2018, 51% des réfugiés vivaient dans une situation d’extrême pauvreté ($2.9/personne/jour) et 69% en dessous du seuil de pauvreté ($3.84/personne/jour), seulement 19% des familles Syriennes ont reçu une aide

L’action du HCR se développe également sur le pôle alimentaire, qui constitue une priorité pour assurer le minimum vital des familles réfugiées. En effet, 90% des familles n’arrivent pas à financer leur consommation alimentaire. Le HCR a ainsi aidé 37% des familles réfugiés à assurer leurs besoins vitaux à hauteur de 27 $ par personne et par mois. 

Concernant l’éducation, le HCR a pour ambition d’augmenter l’engagement et la responsabilité des parents et des communautés, afin d’accroître le pourcentage d’enfants scolarisés. Néanmoins, moins de la moitié des enfants réfugiés sont scolarisés. Le HCR collabore ainsi avec le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEHE), l’UNICEF et diverses ONGs, afin de garantir une éducation gratuite à tous les enfants vivant sur le territoire libanais. Parallèlement, le HCR finance également la construction et l’agrandissement des infrastructures pédagogiques actuelles.

Il y’a actuellement 488’000 enfants syriens réfugiés au Liban. Le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEHE) a reçu des dons internationaux (par l’UNHCR, l’UNICEF, l’UNESCO et d’autres donneurs) durant les quatre dernières années, dans le cadre du programme Reaching All Children with Education (RACE), qui veut offrir une éducation gratuite à tous les enfants, également Libanais, jusqu’en 12ème

La situation des réfugiés Syriens au Liban est donc extrêmement précaire. Parallèlement, l’amélioration relative des conditions de sécurité en Syrie a permis à certains réfugiés Syriens de retourner dans leur pays. Au total, ce sont plus de 156’000 réfugiés Syriens qui sont retournés en Syrie depuis 2016. Selon un récent sondage réalisé par le HCR, 88% des Syriens réfugiés Syriens ont exprimé le souhait de retourner dans leurs terres dans le futur, mais ne souhaitent pas retourner en Syrie pour l’instant en raison de craintes concernant la sécurité et la qualité des infrastructures. Le HCR n’organise pas de rapatriement, mais collabore avec le GSO (Directorate General of General Security), qui lui facilite les retours. Les raisons principales des retours fréquemment exprimées sont les suivants : accès à une assurances maladie plus abordable au Liban, une situation socio-économique difficile au Liban, le désir de retrouver sa famille et le sentiment d’une sécurité renforcée en Syrie.

Le HCR estime actuellement que les rapatriements volontaires en sécurité et en dignité demeurent la situation la plus préférable à long terme

Alors que l’action du HCR au Liban et au Proche-Orient  consiste à porter assistance aux personnes réfugiées, la communauté internationale et les Nations Unies devraient s’engager pour la reconstruction de la Syrie. Tout exil étant une tragédie douloureusement vécue, garantir aux réfugiés la possibilité d’un rapatriement sûr, digne et prompt serait un grand pas humanitaire !

Plus d’informations : 

www.unhcr.org

www.unhcr.org/lb

www.unhcr.org/lb/education

www.unicef.org/lebanon/

#WithRefugees

Contact : maxime.crettex@youthrep.ch

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